Le blog du festival

Les news We Do BD et l'actualité de la BD numérique

sep 05
Invitée 2009 #66 : Esther Gagné

Invitée 2009 #66 : Esther Gagné

Posté par We Do BD

Nous ne l'avons découverte que très récemment grâce à plusieurs de nos invités qui nous ont parlé d'elle, et on s'est dit qu'il fallait absolument qu'elle vienne dédicacer en septembre :) Notre 66ème invitée est Esther Gagné, tenancière du blog La Lanterne brisée :

Festiblog

Qui es-tu ?

Je m'appelle Esther Gagné, je suis née au Québec il y a de cela, ouh là, déjà trente-deux ans, je suis arrivée en France en 1997, et depuis je squatte.

Comment as-tu commencé à dessiner ?

Avec du papier et des crayons, une ardoise et des craies de couleurs aussi. Mes parents me les avaient offerts quand j'avais trois ans. La première chose digne de ce nom que je me souviens avoir dessinée était une citrouille.

As-tu suivi une formation ?

Oui, j'ai étudié la composition musicale, et j'ai une licence de cinéma... Non, je n'ai aucune formation liée au dessin ou à la bande dessinée.

Peux-tu présenter ton blog ?

Il s'appelle La Lanterne brisée, il a démarré en 2005, mais avec un arrêt complet entre 2006 et 2008, donc je considère ne l'avoir vraiment lancé que depuis un an. Il n'a pas encore réellement pris la direction à laquelle je le destine. Pour le moment, c'est un peu n'importe quoi, dessiné n'importe comment, ça n'a pas de style vraiment défini, ça manque de liant, bref ça craint quoi ! Mais bon, il semblerait qu'il y en ait à qui ça plaît, alors je persévère. En fait, dès le départ, le but véritable du blog a été de présenter une bande dessinée en ligne sur le scénario de laquelle je travaille encore et tous les jours. Dès qu'il sera prêt, je commencerai à publier au gré des semaines plusieurs pages à la suite.

Charadesign



Pourquoi as-tu commencé à bloguer ?

Pour qu'on me dise que je suis bonne en dessin. Bah oui quoi, c'est vrai, c'est pour ça qu'on fait ça non ? Ou alors, c'est pour exprimer les passions incomprises qui secouent les tréfonds de mon âme, et les jeter en pâture à des inconnus, et pour, dans l'absolu, rencontrer des nanas, parce que bon, vous êtes sans doute pas lesbienne, mais c'est dur quoi. Plus sérieusement, c'est tout simplement pour avoir un retour sur mon travail, sans que l'argent n'entre en ligne de compte dans l'échange avec le lecteur. C'est sans doute un petit laboratoire pour savoir si ce que j'imagine et dessine fait mouche et « en vaut la peine ».

Quel public voulais-tu rencontrer ?

La jet-set. J'ai raté.

Et finalement qui sont tes lecteurs ?

Difficile à dire, des gens de tous les horizons, et de tous âges. Il y a peut-être même des écureuils et des nazis.

Combien de temps passes-tu en moyenne sur tes notes ?

Une note ? Ça dépend du style que j'emploie, et de ce que j'ai à dire. Pour une petite note torchée c'est environ six heures, pour une super chiadée six jours. Mais en moyenne, je dirais qu'il me faut une dizaine d'heures sans trop me presser pour faire deux planches en A4. Je ne saurais pas être plus précise. Évidemment, je n'inclus pas le temps à me triturer la tête à chercher en vain une bonne idée. La bonne idée ne vient pas en cherchant, mais plutôt en mangeant ou en faisant pipi, c'est comme ça... Pourtant je m'obstine à vouloir chercher, je suis un peu bête non ?

2p



Est-ce que ce sont des dessins spécialement faits pour le blog ?

Oui. Mais il est sans doute possible d'en faire un fond d'écran, ou de les imprimer pour les accrocher à votre mur si le cœur vous en dit.

Avec quoi dessines-tu ?

Je fais un crayonné avec un critérium 0.5 puis j'encre avec un feutre fin pour les petits détails et un pinceau et de l'encre de chine pour le reste. Ensuite je scanne le tout et je gomme certains petits défaut sous photoshop. J'ajoute aussi certains effets de temps à autre, mais en essayant de conserver le rendu le plus zen possible. C'est là la méthode que j'utilise le plus fréquemment, mais encore une fois, ça dépend du style que j'ai choisi, c'est très variable. J'ai acheté une tablette graphique très récemment, mais je ne maîtrise pas encore très bien l'outil.

Quelles sont tes influences graphiques ?

Le monde. Tout ce que je vois. J'en sais rien. Euh, de mes trois ans à mes trente-deux ans, dans l'ordre, ça donnerait quelque chose comme Peyo, Go Nagai, Franquin, Osamu Tezuka, Rembrandt, Rubens, van Eyck, Gainsborough, Delacroix, Géricault, Schiele, Klimt, Reiser, Yukito Kishiro, Yoshiyuki Sadamoto, Tôru Fujisawa, Yoshitaka Amano, Utamaro, Chaemin, Boulet, Lisa Mandel, Cha, Capucine, et Nobuyoshi Araki, voilà.

Shiragiku4 Combien de temps passes-tu sur les blogs des autres ?

Je ne lis pas beaucoup de blogs. J'y passais sans doute plus de temps il y a quelques années, mais j'ai tendance à penser que ça tourne un peu en rond par les temps qui courent. L'engouement pour la nouveauté du médium semble avoir cédé la place à une certaine routine, une certaine lassitude aussi. Mais certains tiennent bon. J'en ai une dizaine dans mon agrégateur, je passe voir une fois tous les deux jours s'il y a du neuf, et puis ça me suffit.

Quels sont ceux dont tu es fan ?

Vraiment fan ? Ça varie beaucoup dans le temps, mais si je devais en nommer dix : Aki, Boulet, Cali Rezo, Romain Ronzeau, Bambiii, Cha, Louna, Lisa Mandel (qui ne poste plus mais bon), Melaka, Trondheim et Kek. Tous sont là depuis un moment et bien connus, mais ce sont ceux que j'arriverais à nommer facilement, autrement je lis aussi beaucoup de blogs plus récents, mais sporadiquement, et un peu au hasard des liens. Je les découvre sans forcément retenir leur noms. Les autres font partie de la blogosphère japonaise.

As-tu fait des rencontres grâce aux blogs ?

Oui, plusieurs, et certaines d'entre elles m'ont beaucoup marquée.

Es-tu sensible aux commentaires ?

Mon psy me dit que ça va mieux. Oui, j'y suis extrêmement sensible, beaucoup trop ! J'ai pensé plusieurs fois à les fermer, mais alors le principe même du blog perdrait son sens à mes yeux, alors j'essaie d'être forte. C'est quand même ça un blog non ? Avoir du feedback en permanence, et d'ailleurs, les commentaires sont rarement blessants, on souffre bien plus de la peur d'avoir mal.

Pour toi, quels sont les points forts du blog et de la BD en ligne ?

Ils ont démocratisé le médium.

Et les points faibles ?

Je trouve difficile de trouver un point faible commun à tout ça. Chaque blog ou BD en ligne a ses défauts et ses qualités, mais c'est certain que la liberté offerte de publier sans aucune contrainte a tendance à abaisser le seuil des exigences. Plusieurs ont tendance à raconter des choses auxquelles il n'est peut-être pas nécessaire de donner la forme d'une bande dessinée. Ils sont fans de blogs BD, aimeraient faire aussi bien que ceux qu'ils admirent, ils savent dessiner, ils rêvent d'avoir leurs milliers de visiteurs à eux, alors ils se lancent. Mais raconter la dernière pizza qu'on a mangée, en se dessinant de face sous la forme d'un petit personnage manga sur fond blanc, qui dit dans des bulles ce qu'on aurait pu lire au format texte d'un blog traditionnel, je ne vois pas trop à quoi ça rime. Pour cette raison, je relis toujours mes notes en me demandant si les bulles se suffisent à elles-mêmes. Si c'est le cas, ce n'est pas de la BD. Et si je n'ai rien à dire, je ne blogue pas.

Paris_1


Stil Comment penses-tu que la blogosphère BD va évoluer ?

Impossible de le prédire. La notoriété appartient aux anciens qui sont montés dans l'avion au décollage, lorsque les premiers blogs BD sont apparus sur la toile. Ils ont le mérite d'avoir amorcé quelque chose d'original et sympathique, et ils étaient au départ bien souvent issus du milieu des arts graphiques, véritablement animés par le désir de faire de la BD. Mais la déferlante récente de nouveaux arrivants montre qu'ils ne sont pourtant pas toujours les plus talentueux. Cet écart parfois sensible entre notoriété et talent génère des tensions, des rancoeurs, on peut remarquer que des jalousies naissent, et des petits clans commencent à se former. C'est l'éternelle mise en boîte qui s'opère après un certain temps. Chacun dès lors lutte pour sa survie. Peut-être verra-t-on survenir une guerre des clans de blogueurs ? 

Penses-tu que les gens vont de plus en plus lire de BD en ligne ? Ça me semble évident, dans la mesure où l'on voit de plus en plus d'initiatives aller dans ce sens, et que le monde du web évolue à une vitesse folle en devenant de plus en plus accessible.

De manière générale, penses-tu que la BD numérique (à lire sur le web, sur iPhone, sur PSP...) pourrait nuire à la BD papier ?

Lui nuire non, en changer l'approche, oui. Les choses sont appelées à évoluer mais je crois qu'être publié sur papier reste à l'heure actuelle une forme de consécration à laquelle chacun tente de parvenir. Il faudra que les modes de diffusion de BD en ligne progressent encore beaucoup, qu'une hiérarchie indispensable s'instaure et qu'un tri s'opère sur le long terme, pour que certaines initiatives gagnent en notoriété avant qu'un support électronique n'offre une reconnaissance comparable à un auteur. Nous n'en sommes qu'au début, et ce n'est pas encore dans les moeurs, mais les générations futures y veilleront, je pense. Je ne m'inquiète donc pas pour les éditeurs qui auront tout le temps de s'adapter s'ils restent vigilants. Le support papier gardera toujours un charme qui lui est propre, en raison du contact direct avec l'objet papier, son grain, son odeur, cet aspect sensuel qu'il confère à une illustration, et la dimension plus intime et privilégiée qu'il implique entre le lecteur et le travail d'un auteur.

Où peut-on voir ton travail en dehors des blogs ?

Chez moi.

As-tu des albums ? Peux-tu nous les présenter ?

Non, je n'ai pas encore fait d'album, mais j'y travaille et ça occupe tout mon temps, alors ça ne saurait tarder.

Qu'attends-tu de ta venue au Festiblog ?

Une trouille pas possible. C'est la toute première fois que je dédicace. En même temps, je suis curieuse de voir si ce que je fais peux attirer du monde. J'ai aussi bien hâte de rencontrer certaines personnes dont j'admire le travail. Et puis, il y a le repas et la possibilité de se saouler pour pas un rond à la fin qui ne se refusent pas.

Parle-nous d'un truc qui n'a rien à voir avec la BD et que tu aimes ?

J'aime la musique. C'est la seule chose dont je ne pourrais me passer, ma plus grande passion. J'ai reçu une formation classique, et je n'écoute pour ainsi dire que de la musique classique ou contemporaine. C'est sans doute la discipline artistique la moins bien connue et la plus négligée à l'heure actuelle dans les médias, de par les prérequis que son abord exige. On ne fait pas grand chose pour améliorer cette situation, et c'est vraiment dommage. Mais il faut dire que certains préjugés ont la vie dure, en particulier en France où la musique classique semble l'apanage des vieux, des riches, des filles de bonne famille de droite catho vieille France. Etant née au Québec où cette musique est envisagée d'une manière radicalement différente, je ne la perçois pas du tout de la même façon, et je pense qu'il y a beaucoup à faire pour changer cette image guindée, ampoulée, poussiéreuse, élitiste et snob, et rendre cette musique accessible à tout le monde. La composition musicale est cruciale pour ma survie, et je travaille depuis des années sur plusieurs oeuvres que j'espère voir jouées un jour. En particulier un opéra en trois actes inspiré par le ningyô-jôruri japonais, leur théâtre de marionnettes. Il raconte l'amour d'un fantôme pour une voyageuse s'étant perdue dans une forêt la nuit.

Un dernier mot ?

Moutarde.

« note suivante | Accueil | note précédente »

Commentaires

Entrée libre et gratuite grâce au soutien de nos sponsors et partenaires

Nos sympathiques voisins

  • Blogs BD FR
  • Madmoizelle.com
  • CFSL.NET
  • Amilova
  • Sandawe
  • Onaprut
  • A Nous Paris
  • 23H BD
  • Golden Blog Awards